Pourquoi il faut retirer le filet
Les boules vendues en sacs de six ou de dix sont presque toujours enveloppées d’un filet à larges mailles. Pour s’accrocher et picorer, une mésange enfonce ses griffes dans ces mailles, et il suffit d’un mouvement un peu brusque pour qu’une patte ou une aile s’y prenne. Des observations rapportent des oiseaux piégés dans ces filets, qui se blessent en se débattant ou y restent prisonniers jusqu’à l’épuisement. Les filets abandonnés dans le jardin ou jetés à la poubelle sont en outre des déchets plastiques qui polluent longtemps.
La LPO conseille donc de retirer le filet et de poser la boule dans une mangeoire grillagée, une cage en métal qui maintient la boule sans rien enrouler autour des pattes. Une boule sans filet a tendance à s’effriter si elle n’est pas tenue, et c’est pour cela que la cage ou le pot comptent autant que la graisse elle-même. De nombreux vendeurs proposent d’ailleurs des blocs et des cylindres déjà sans filet.
Qui vient à la boule de graisse
Le gras est particulièrement apprécié des pics, des sittelles et des mésanges. Ces oiseaux cherchent leurs insectes dans les écorces, et la graisse leur apporte beaucoup d’énergie à une saison où le gel, la pluie ou la neige rendent les proies introuvables. Les mésanges sont les premières arrivées, souvent la tête en bas sous la cage. La sittelle torchepot emporte volontiers un morceau pour le coincer dans une fente d’écorce, et le pic épeiche s’accroche au grillage en s’appuyant sur sa queue raide. Sous la mangeoire, les merles ramassent les miettes tombées au sol, ce qui explique qu’on les voie souvent sous une boule qu’ils ne mangent pas toujours directement.
Quelques visiteurs demandent de la surveillance. Les étourneaux, quand ils arrivent en bande, vident une boule en très peu de temps et écartent les petits oiseaux. Les écureuils sont friands des graines de tournesol, des noix et des arachides, et peuvent eux aussi tout emporter. Une cage à grillage serré, accrochée à une branche fine, limite ces dégâts. Si un oiseau vous échappe et que vous cherchez son nom, l’outil Quel est cet oiseau ? propose les espèces probables à partir de la taille, de la couleur et de l’endroit où vous l’avez vu.
Choisir une boule dans le commerce
Trois détails se lisent sur l’emballage. Le premier est l’absence de filet, qui se constate d’un coup d’œil. Le deuxième est la composition, avec une graisse clairement nommée (animale ou végétale), des graines identifiables et aucun sel. Le troisième est la mention « sans huile de palme », que certains vendeurs affichent. L’huile de palme est tirée du fruit d’un palmier tropical dont la culture est liée à la déforestation, ce qui en fait un critère de choix pour l’environnement plus que pour la santé des oiseaux. Un fabricant qui reste vague sur la provenance de ce qu’il met dans ses boules ne vous donne pas de quoi juger.
Vérifiez aussi l’odeur et l’aspect. Une graisse rance, grise ou couverte de moisissures ne se donne pas, même neuve. Le support compte autant que la boule : une cage métallique à bords lisses, ou un distributeur conçu pour les boules, évite la perte de miettes et protège un peu des gros oiseaux. Vous pourrez aussi y glisser des blocs ou cylindres du commerce, pourvu qu’ils soient sans filet. Pour nourrir les oiseaux du jardin en choisissant le reste du matériel, toute la rubrique détaille les types de mangeoires et d’aliments.
Fabriquer sa boule, pas à pas
Le suif, la graisse fondue du mouton ou du bœuf et un sous-produit de la viande, est le gras traditionnel du nourrissage hivernal. Un boucher peut vous en fournir, à condition qu’il soit nature, sans assaisonnement. Le saindoux, la graisse de porc, est parfois cité lui aussi, mais les avis divergent selon les fournisseurs, et le suif évite toute hésitation. Le colza et le tournesol, eux, donnent des huiles liquides qui ne durcissent pas d’elles-mêmes. Les blocs du commerce à base de graisse végétale reposent sur une matière grasse solide dont la composition est indiquée sur l’emballage, et mieux vaut les acheter tout faits que tenter de les reproduire. Pour la boule maison, les proportions d’usage, qui permettent à la boule de tenir, sont d’environ un tiers de graisse pour deux tiers de graines, en poids.
- Faites fondre 250 g de suif à feu doux, sans la quitter des yeux, car une graisse qui chauffe trop fort peut s’enflammer.
- Retirez la casserole du feu et laissez tiédir quelques minutes, puis incorporez environ 500 g de graines : tournesol, éventuellement noix et arachides non salées concassées, car des arachides entières peuvent être trop grosses pour certains petits oiseaux.
- Garnissez des pots en terre cuite, des coupelles ou des moules à muffins.
- Laissez durcir une nuit au frais, dehors s’il gèle, puis démoulez et glissez la boule dans une mangeoire grillagée, ou posez le pot sur un support plat.
Le gras peut aussi se loger directement dans les trous percés dans une bûche ou un morceau de bois, que l’on accroche à une branche. Il n’y a ni filet ni moule à jeter, et la pièce peut être regarnie à chaque fois.
Ce qui n’entre jamais dans une boule
| Ingrédient | Verdict | Pourquoi |
|---|---|---|
| Suif nature de bœuf ou de mouton | Convient | Graisse traditionnelle du nourrissage d’hiver |
| Bloc du commerce à graisse végétale solide, sans sel | Convient | Composition indiquée sur l’emballage |
| Graines de tournesol, noix, arachides concassées non salées | Convient | Elles apportent énergie et protéines |
| Sel | À écarter | Un oiseau pèse quelques dizaines de grammes, le sel lui nuit vite |
| Restes de repas, graisse de cuisson | À écarter | Salés, assaisonnés, parfois rances |
| Beurre | À écarter | Ne convient pas aux oiseaux |
| Lait | À écarter | Les oiseaux digèrent mal le lactose |
| Pain | À éviter | Aliment raffiné dont l’intérêt pour leur santé reste discuté, même s’ils en mangent volontiers |
Où suspendre la boule, et comment nettoyer le support
Choisissez un endroit calme et abrité du vent, que les oiseaux voient de loin et que vous atteignez facilement pour nettoyer. Une branche, un crochet ou une potence conviennent. La boule doit rester à portée de vol d’une haie ou d’un arbre où les oiseaux se replient, mais à distance d’un buisson dense où un chat pourrait se tapir. Une cage accrochée trop près du tronc invite les écureuils.
Le nettoyage importe autant que l’emplacement. Les oiseaux qui se rassemblent à la mangeoire se transmettent plus facilement des maladies comme la trichomonose (une infection de la gorge due à un parasite, qui touche notamment les verdiers et les pinsons) ou la salmonellose. Lavez la cage à l’eau environ toutes les deux semaines, plus tôt si des fientes la souillent. Rincez, séchez bien, et ne la remplissez qu’avec une boule fraîche.
Jusqu’à quand en donner
Le nourrissage est traditionnellement hivernal, et les fournisseurs le situent le plus souvent entre novembre et mars. À la saison des nids, les parents nourrissent leurs jeunes d’insectes et de chenilles. Au printemps, il est d’usage de réduire les quantités peu à peu plutôt que de tout arrêter d’un coup, à mesure que les insectes reviennent.
Selon l’ornithologue Grégoire Loïs, le nourrissage hivernal ne profite qu’à « un petit cortège d’espèces » et ne change que peu leurs chances de passer l’hiver, sauf hiver exceptionnellement rigoureux. Pour lui, il permet surtout de contempler la vie sauvage et de créer du lien avec elle. Cela ne retire rien au plaisir d’observer les mésanges sous la cage, mais invite à bien faire, sans excès. Pour savoir quels oiseaux viendront chez vous selon votre jardin, votre support et ce que vous y mettez, le simulateur de mangeoire donne une idée avant l’installation.
Sources
Questions fréquentes
Peut-on donner de la boule de graisse en été ?
Elle est traditionnellement réservée à l’hiver, et la graisse ramollit et rancit à la chaleur. Si vous en proposez quand même, donnez de petites quantités, choisissez une graisse qui tient bien en été et nettoyez la cage plus souvent.
Les boules de graisse attirent-elles les rats ?
Les miettes et les graines tombées au sol attirent souris et rats bien plus que la boule elle-même. Une cage qui retient les morceaux, un balai passé sous la mangeoire et l’absence de restes de cuisine limitent le risque.
Peut-on réutiliser un filet de boule de graisse ?
Non, ni pour une autre boule ni pour autre chose au jardin, car il reste un piège pour les oiseaux et les petits animaux. Coupez-le en petits morceaux avant de le jeter.
Peut-on mettre du pain dans une boule de graisse maison ?
Mieux vaut l’éviter. Le pain est un aliment raffiné dont l’intérêt pour la santé des oiseaux reste discuté, même s’ils le mangent volontiers. Il dilue aussi l’énergie apportée par la graisse et les graines.
