Le reconnaître d’un coup d’œil
Commencez par la taille. Le pic épeiche mesure de 20 à 24 cm, pour une envergure de 34 à 39 cm : un peu moins qu’un merle, nettement plus qu’un moineau. Il pèse de 70 à 98 g.
La couleur vient ensuite. Le manteau est noir, avec de grandes taches blanches ovales sur les ailes et, de chaque côté du dos, deux bandes blanches que l’on appelle les bretelles. Les joues, le menton, la gorge et le dessous sont blancs. Une moustache noire part de la base du bec, rejoint la nuque et descend sur le haut de la poitrine en demi-collier. Le bec est noir, puissant, pointu comme un ciseau à bois. La marque la plus nette se trouve en bas : le bas-ventre et les sous-caudales (les plumes sous la queue) sont d’un rouge écarlate qui se voit même quand l’oiseau tourne le dos.
Le comportement achève le portrait. Le pic épeiche se tient collé au tronc, monte par petits bonds et peut redescendre à reculons. Il s’appuie sur ses rectrices, les grandes plumes de la queue, rigides chez lui, qui jouent le rôle d’un troisième pied, comme le trépied d’un photographe. Ses pattes sont zygodactyles, c’est-à-dire que deux doigts sont tournés vers l’avant et deux vers l’arrière, ce qui lui donne une prise solide sur l’écorce. En vol, il file en vagues, alternant battements d’ailes et glissades ailes repliées.
Mâle, femelle, jeune : regardez la tête
Pour distinguer les trois, c’est le dessus de la tête et la nuque qu’il faut examiner.
- Le mâle porte une petite tache rouge sur la nuque, sous une calotte noire (le dessus de la tête).
- La femelle est identique, mais sa nuque est entièrement noire.
- Le jeune a une large calotte rouge bordée de noir, un bas-ventre rosé plus clair que celui de l’adulte et un plumage moins luisant, aux marques moins nettes. Chez les jeunes femelles, le rouge de la calotte est moins étendu que chez les jeunes mâles.
Ce détail compte en été. Un pic à calotte rouge qui suit un adulte près de la mangeoire n’est donc pas un mâle adulte. Après l’envol, les parents nourrissent leurs jeunes pendant une dizaine de jours, chacun s’occupant d’une partie de la nichée.
À ne pas confondre
Le pic épeichette est le sosie en réduction. Il a la taille d’un moineau, et la différence se lit autant dans les chiffres que sur le plumage.
| Thème | Pic épeiche | Pic épeichette |
|---|---|---|
| Longueur | 20 à 24 cm | 14 à 15 cm |
| Poids | 70 à 98 g | 18 à 22 g |
| Envergure | 34 à 39 cm | 25 à 27 cm |
| Dessous de la queue | rouge vif | pas de rouge vif |
| Tête | mâle : tache rouge sur la nuque, calotte noire ; femelle : nuque noire | mâle : calotte rouge ; femelle : calotte blanche |
| Ailes et dos | grandes taches blanches ovales, deux bretelles blanches | dos et ailes rayés de noir et blanc |
Le pic mar est l’autre cousin bigarré. Par rapport à lui, l’épeiche se reconnaît à son dos bien plus sombre, à ses sous-caudales d’un rouge franc et, chez le mâle, à sa tache rouge sur la nuque. Le pic mar, plus lié aux vieux chênes des forêts, porte une calotte rouge dès l’âge adulte, chez les deux sexes, et ses flancs sont striés de noir. Cette calotte explique que l’on confonde parfois un pic mar avec un jeune épeiche en été.
Le pic noir ne prête guère à confusion. Il est entièrement noir et nettement plus grand, de la taille d’une corneille environ. Il a sa propre fiche, comme le pic vert.
Si un doute persiste après cette lecture, l’outil Quel est cet oiseau ? propose les espèces probables à partir de la taille, de la couleur et de l’endroit où vous l’avez vu.
Cris et tambourinage : ce que l’on entend
Le cri typique du pic épeiche est une note explosive, courte et sèche, lancée comme un claquement. Il émet aussi des « chick » plus doux et plus bas.
Tambourinage enregistré par T.Voekler, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons
Le bruit qui intrigue le plus est le tambourinage, une série de coups de bec très rapides, de 5 à 20 par seconde. Il a lieu surtout à la fin de l’hiver et au début du printemps. Le pic cherche alors une partenaire et signale son territoire, et il choisit pour cela une branche sèche qui résonne bien. On l’entend de loin. Il a longtemps passé pour une vocalisation, jusqu’à ce que des observations plus fines montrent en 1943 qu’il s’agit d’un bruit entièrement mécanique.
Le martèlement lent, fait de coups de bec espacés et brefs, ne se confond pas avec lui. Celui-là sert à chercher la nourriture : le pic frappe, écoute et creuse là où le bois sonne creux, probablement parce que des galeries d’insectes y changent la résonance.
Pourquoi le pic ne se fait pas mal
Plusieurs particularités de son anatomie contribuent à absorber ces chocs répétés. Les mécanismes exacts restent débattus.
- Sa boîte crânienne est plus épaisse, plus large et plus stable que celle des autres oiseaux.
- Le trou occipital, par où sortent les nerfs vers le corps, est placé sous le crâne, ce qui donne une tête en forme de marteau.
- Son cou est court.
- Une structure osseuse relie le bec au crâne et participe à la transition du choc.
Au jardin : ce qu’il mange et comment l’accueillir
Pendant la saison de reproduction, le pic épeiche est très insectivore. Il s’attaque aux insectes xylophages (qui se nourrissent de bois), aux fourmis, aux araignées et aux larves cachées sous les écorces ou dans le bois. Hors de cette période, son régime s’élargit : graines de conifères, noisettes, noix, glands, noyaux de fruits dont il extrait l’amande, bourgeons, et parfois la sève sucrée des arbres. Pour décortiquer les fruits durs, il les coince dans une « forge », une fourche de branche ou une fissure d’écorce qui lui sert d’étau. Un cône de pin criblé de coups de bec dans une fente, au pied d’un arbre, est sa signature.
Le pic épeiche passe l’année sur son territoire, et les mâles sont les plus sédentaires. Il vient parfois aux mangeoires, surtout par temps de neige et de gel persistants. Certaines années, quand la récolte de cônes de conifères manque dans le nord, des oiseaux plus errants viennent aussi chercher leur nourriture plus loin.
Pour accueillir un pic épeiche, les boules de graines et de graisse vendues dans le commerce conviennent, de même que les plaques de graisse que l’on fabrique soi-même. Dans les deux cas, il faut les suspendre hors de portée des chats.
Le bois mort est l’autre manière de l’aider. La Station ornithologique suisse a montré que les populations de pics épeiches, comme celles d’autres espèces forestières, ont nettement augmenté entre 1990 et 2008 en même temps que la quantité de bois mort en forêt, la disponibilité croissante de bois mort paraissant être le facteur explicatif le plus important. Un vieux tronc mort ou une grosse branche morte qui ne menace ni maison ni passage lui offre des insectes et un lieu pour creuser.
Nid et statut
Le pic épeiche creuse lui-même sa cavité de nid (le trou où il pond) dans un tronc ou une grosse branche, vivante ou morte. Il ne la garnit pas, sauf de copeaux de bois. Il s’en sert aussi pour dormir tout au long de l’année. La ponte compte en général de 4 à 6 œufs blancs luisants, couvés par les deux parents, qui nourrissent aussi les oisillons et nettoient le nid. Comme il creuse son trou lui-même, un nichoir ne lui est guère utile. Le calculateur de nichoir donne les mesures pour les oiseaux qui s’en servent.
L’espèce vit sur une aire immense, avec une population importante et sans menace généralisée, ce qui la fait classer en préoccupation mineure par l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature. En France, comme tous les pics, il fait partie des oiseaux protégés : on ne peut ni le capturer ni le garder.
Sources
Questions fréquentes
Le pic épeiche est-il courant dans les jardins ?
C’est l’espèce de pic la plus répandue et la plus commune d’Europe, présente dans tous les types de bois. Au jardin, il faut des arbres assez grands, ou un bois ou un parc à proximité, pour avoir une chance de le voir. Dans un jardin sans arbre, il passera rarement.
Pourquoi un pic a-t-il percé le nichoir des mésanges ?
Il arrive au pic épeiche de transpercer un nichoir pour en ramener les oisillons, qu’il donne à sa propre couvée. Avec les œufs et les jeunes d’autres oiseaux, ils font partie de ce qu’il peut manger au printemps. Ce comportement reste occasionnel, et il ne fait pas de lui un danger pour les oiseaux du jardin en général.
