Pourquoi l’eau compte autant que les graines
Un moineau qui ne boit qu’une gorgée avant de repartir et un merle qui s’ébroue au point d’inonder la terrasse ne font pas la même chose, mais tous deux ont besoin d’eau. Les granivores, c’est-à-dire les oiseaux qui se nourrissent surtout de graines, trouvent très peu d’humidité dans une nourriture sèche et doivent boire régulièrement. Les oiseaux qui mangent des insectes, des vers ou des proies entières en tirent au contraire une bonne partie de leur eau. Dans un jardin, la plupart des visiteurs sont des passereaux, ces oiseaux perchés, souvent petits et chanteurs comme les moineaux, les mésanges et le merle, et beaucoup mélangent graines et insectes selon la saison.
Le bain a sa propre raison d’être. Il débarrasse le plumage de la poussière, de la boue et d’une partie des parasites. Il aide aussi l’oiseau à étaler sur ses plumes la sécrétion huileuse produite par la glande uropygienne, située à la base de la queue, que l’oiseau prélève avec son bec en se lissant. Cette huile rend le plumage imperméable et lui garde sa souplesse pour le vol. Après le bain, l’oiseau monte sur une branche et passe un long moment à se lisser, ce qui explique l’importance d’un perchoir proche.
De l’eau en toute saison, pas seulement l’été
Au printemps, les parents qui nourrissent une nichée font des allers-retours incessants et ont eux aussi besoin de boire. L’été, la chaleur et la sécheresse font disparaître flaques et mares, et le jardin devient parfois le seul endroit où trouver de l’eau. En automne, le point d’eau garde son utilité tant que les pluies sont rares. En hiver, le gel supprime les points d’eau naturels, et les oiseaux ne peuvent pas boire la glace. La LPO recommande donc de maintenir de l’eau accessible toute l’année.
Les critères d’un bon abreuvoir
Le mot désigne ici une vasque, un récipient large et peu profond. Posée sur un pied, on l’appelle souvent un bain d’oiseau. Quelle que soit la forme, quelques critères comptent plus que le reste.
- La profondeur : de 2 à 5 cm environ au centre. Un moineau ou une mésange doivent pouvoir poser les pattes sans perdre pied, alors qu’un merle ou un pigeon se contentent de la partie la plus profonde.
- Le bord : en pente douce, ou garni de pierres plates sur lesquelles se tenir. Un bord vertical et lisse devient un piège glissant.
- La largeur : une trentaine de centimètres ou plus, pour que plusieurs oiseaux se partagent la place sans se gêner.
- La matière : la terre cuite ou la pierre, rugueuses, donnent de la prise aux pattes et se frottent facilement à la brosse.
- La stabilité : le récipient ne doit pas basculer quand un pigeon ramier s’y pose.
La couleur compte peu. Un oiseau repère l’eau au reflet de la surface et, mieux encore, à un léger mouvement, comme un filet d’eau qui goutte.
Fabriquer un abreuvoir avec du matériel de récupération
Une grande soucoupe de pot en terre cuite, un plat à tarte ou un couvercle large font très bien l’affaire. Voici comment procéder.
- Choisissez un récipient d’une trentaine de centimètres de large ou davantage, à bord bas ou évasé.
- Posez-le sur un support qui ne bouge pas, comme une souche, une pile de briques ou un grand pot retourné, ou sur un sol bien plan.
- Déposez au fond quelques pierres plates ou des galets. Ils réduisent la profondeur et offrent un appui aux oiseaux les plus petits.
- Remplissez jusqu’à 2 à 5 cm au point le plus profond.
- Poussez doucement le bord pour vérifier que rien ne bascule, et que vous pourrez le vider et le frotter sans effort.
Un récipient en plastique convient aussi, à condition de lui donner de la prise avec des pierres. Une soucoupe en terre cuite gagne à être vidée le soir par temps de gel, car la glace peut la fendre.
Où le placer
L’oiseau qui boit baisse la tête et surveille mal les alentours. Il lui faut donc un emplacement à découvert, où il voit arriver un prédateur, avec un perchoir proche, à 2 ou 3 m, pour s’y réfugier et se sécher après le bain. Un massif épais collé à la vasque offrirait au contraire un affût à un chat. Posez-la sur un sol dégagé ou sur un support d’un mètre environ, loin des fourrés. Une ombre légère en milieu de journée garde l’eau fraîche et ralentit l’apparition des algues.
Évitez aussi de la placer sous la mangeoire, là où tombent les écorces de graines et les fientes. Quelques mètres d’écart suffisent. Pour penser l’ensemble du jardin, la page Accueillir les oiseaux rassemble les autres aménagements utiles, comme les haies et les nichoirs.
Le nettoyer sans produits ménagers
Un point d’eau sale peut transmettre des maladies d’un oiseau à l’autre, puisque tous viennent boire dans le même récipient. La LPO conseille donc de renouveler l’eau chaque jour. Une fois par semaine au moins, et plus souvent par temps chaud, frottez la vasque à la brosse avec de l’eau claire. Les produits ménagers laissent des résidus qui ne conviennent pas aux oiseaux, et un rinçage abondant suffit. Si l’eau est souillée de fientes, videz-la, frottez la vasque et remplissez-la à nouveau sans attendre.
Si vous remarquez un oiseau gonflé, apathique ou qui se laisse approcher de très près, ne le manipulez pas et appelez un centre de soins. Si vous en voyez plusieurs dans cet état, ou des oiseaux morts, retirez la vasque le temps de la nettoyer et contactez la LPO ou un centre de soins pour signaler la situation. La plupart des oiseaux sauvages sont protégés en France et il est interdit de les garder.
Quand l’eau gèle
Par gel, cassez la glace ou remplacez l’eau chaque matin. Une vasque en matière souple, comme le caoutchouc, se démoule plus facilement qu’un récipient rigide.
Le nourrissage hivernal et le point d’eau répondent à deux besoins différents. Selon les associations de protection, nourrir est utile surtout lors des grands froids, et l’eau doit alors rester accessible en même temps. Le choix et l’entretien de la mangeoire sont détaillés dans la page Mangeoire oiseau.
Qui vient boire et se baigner
Le moineau domestique arrive souvent en bande, se baigne à plusieurs et éclabousse tout autour. Les mésanges font des visites brèves, le pinson et le merle noir restent plus longtemps. Le pigeon ramier boit sans relever la tête, en aspirant l’eau, ce qui le distingue de presque tous les autres oiseaux du jardin.
Sources
Questions fréquentes
Faut-il ajouter quelque chose dans l’eau, comme du vinaigre ou du sucre ?
Non, l’eau claire suffit. Le sucre fermente, attire les guêpes et ne remplace rien de ce que les oiseaux trouvent dans leur alimentation. Le vinaigre n’apporte rien, puisqu’un frottage hebdomadaire et un bon rinçage nettoient déjà la vasque.
L’eau stagnante attire-t-elle les moustiques ?
Les moustiques pondent volontiers dans une eau qui ne bouge pas, et leurs larves y grandissent en quelques jours à une semaine en été, selon la chaleur. Une eau renouvelée chaque jour leur laisse peu de chances de s’installer. Une vasque oubliée plusieurs jours devient en revanche un bon gîte, ce qui est une raison de plus de la vider et de la rincer régulièrement.
Quelle est la couleur qui attire le plus les oiseaux ?
Aucune couleur d’abreuvoir ne semble plus attirante qu’une autre. Les oiseaux repèrent d’abord le reflet de l’eau, son mouvement et la sécurité des lieux. Un récipient de teinte neutre, terre ou pierre, s’intègre bien au jardin et suffit.
L’eau du robinet convient-elle ?
Oui. L’eau potable ne pose pas de problème aux oiseaux, et l’eau de pluie recueillie dans un récipient propre convient aussi. Renouvelez-la de la même façon chaque jour.
