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Chouette hulotte brune et crème, yeux noirs, posée dans un tronc creux entouré de lierre.

Chouette hulotte : la reconnaître, l’écouter et l’accueillir au jardin

94 % des essais menés dans le Cambridgeshire ont obtenu une réponse en moins de 30 minutes : un souffle dans ses mains jointes suffit à faire répondre une chouette hulotte.

La chouette hulotte (Strix aluco, aussi appelée chat-huant) est une chouette trapue, un peu plus grosse qu’un pigeon par la taille du corps, à la tête ronde sans aigrettes, aux yeux sombres et au ventre pâle strié de brun. Son hululement, le « hou-hou » des nuits de campagne, de parc ou de jardin arboré, la trahit bien plus souvent que sa silhouette. C’est un rapace nocturne, un oiseau de proie qui chasse la nuit, de la famille des strigidés, qui réunit la plupart des chouettes et des hiboux (l’effraie des clochers appartient à une autre famille). Elle ne migre pas, si bien que celle que vous entendez en octobre sera encore là en février. Cette page donne les critères pour la reconnaître, démêle ses cris et explique comment savoir si elle vit près de chez vous.

Reconnaître la chouette hulotte : taille, tête et plumage

Pour la taille, pensez à un pigeon. La hulotte mesure de 37 à 43 cm, son envergure de 81 à 105 cm dépasse celle d’un pigeon, et elle pèse de 420 à 590 g, soit le poids de quatre à six merles noirs (une centaine de grammes chacun). Posée sur une branche, elle forme une masse ronde et dodue, presque sans cou, et sa silhouette reste trapue même en vol. Ce vol est assez lourd et lent, surtout aux premiers battements, avec de longs planés sur des ailes larges. Il est aussi silencieux, grâce à des plumes à la surface soyeuse et à une frange de fines barbules sur le bord des grandes plumes de l’aile.

La tête vient en second dans l’ordre du regard. Elle est ronde et lisse, sans aigrettes, ces touffes de plumes dressées qui donnent leurs « oreilles » aux hiboux. Le visage forme un disque facial, un cercle de plumes serrées qui entoure les yeux et conduit les sons vers les oreilles, assez plat et uni chez la hulotte. Au milieu, de grands yeux brun foncé, qui paraissent noirs à distance, lui donnent un regard rond et fixe.

Le dessous est blanchâtre, rayé de stries sombres. Le dessus existe en deux teintes, ce que l’on appelle le polymorphisme : certains individus sont brun grisâtre, d’autres brun roux, avec des intermédiaires. Les deux teintes se trouvent chez les mâles comme chez les femelles. La brune domine dans l’ouest de l’Europe, plus humide, et la grise devient plus fréquente vers l’est. Une hulotte rousse dans votre verger et une grise dans le parc voisin sont donc de la même espèce.

Le mâle et la femelle portent le même plumage, mais la femelle est environ 5 % plus grande et 25 % plus lourde, un écart que seul un couple posé côte à côte rend visible. Les jeunes sortent du nid couverts d’un duvet clair et barré, bien avant de ressembler à leurs parents.

À ne pas confondre avec la hulotte

Dans la pénombre, ou en plein jour sur une branche, plusieurs rapaces nocturnes peuvent passer pour une hulotte. Les deux critères qui tranchent le plus vite sont la présence d’aigrettes et la couleur des yeux.

La hulotte et les oiseaux qu’on lui prend pour elle
OiseauLongueurTêteYeuxPour le distinguer
Chouette hulotte37 à 43 cmronde, sans aigrettesbrun foncéventre blanchâtre strié, silhouette dodue
Effraie des clochersenviron 33 à 39 cmvisage blanc en forme de cœurnoirsdessous très clair, silhouette plus fine, ne hulule pas
Hibou moyen-ducenviron 31 à 37 cmlongues aigrettes dresséesorangesilhouette allongée et mince
Petit-duc scopsenviron 20 cmpetites aigrettesjaunesbien plus petit qu’un merle, surtout présent l’été dans la moitié sud
Grand-duc d’Europeplus de 60 cmgrandes aigrettesorangebeaucoup plus massif
Chouette chevêcheenviron 22 cmplatejaunesde la taille d’un merle, souvent visible de jour sur un piquet ou un toit

L’effraie est la plus souvent confondue avec la hulotte, car elles partagent une grande partie de leur habitat. Elle est à peine plus petite en longueur, mais la hulotte pèse presque le double et son plumage est globalement plus foncé. Le grand-duc a une forme semblable, en beaucoup plus grand, et il compte parmi les prédateurs de la hulotte, avec l’autour des palombes.

Si un oiseau vu de jour vous laisse hésiter, l’outil Quel est cet oiseau ? propose les espèces probables à partir de la taille, de la couleur et de l’endroit où vous l’avez vu.

Chant et cris : qui dit quoi dans le « hou-hou »

Le cri de la chouette s’appelle un hululement, et le verbe qui va avec est hululer. Chez la hulotte, le mâle émet un hululement chevroté, c’est-à-dire tremblé, que les guides anglophones notent « hoo…ho, ho, hoo-hoo-hoo-hoo ». On entend un « hou » long et rond, une pause, deux « ho » plus brefs, puis une série de « hou » qui tremblent. La femelle, elle, lance un cri aigu que l’on note « kiwitt ».

Chouette hulotte : le chant enregistré dans la nature

Chant enregistré par W.carter, CC BY 4.0, Wikimedia Commons

Le « hou-hou » que l’on imagine d’une seule chouette est donc le plus souvent un duo dans lequel la femelle appelle et le mâle répond. Shakespeare a mis ce chant dans Peines d’amour perdues sous la forme « Tu-whit ; Tu-who », en l’attribuant à un seul oiseau. Les mâles sont plus bavards que les femelles toute l’année, avec un maximum pendant la couvaison et après la reproduction. L’activité vocale varie aussi avec la météo.

Au jardin : où la trouver et comment savoir qu’elle est là

Elle préfère les bois, mais fréquente aussi les parcs et les jardins arborés, même en ville. Des couples nichent à Marseille, et elle s’est déjà reproduite en plein Paris, où elle est devenue rare ces dernières années sans que l’on comprenne bien pourquoi. De jour, elle dort immobile dans un arbre ou une cavité, plaquée contre le tronc, et passe inaperçue. Un attroupement de mésanges et de merles qui crient en s’agitant autour d’un même arbre peut trahir sa présence, ces petits oiseaux harcelant volontiers un rapace endormi. Le plus simple est de l’observer au crépuscule, depuis une fenêtre ou le bord du jardin, quand elle quitte son dortoir pour chasser.

Une hulotte tient à son territoire, la zone qu’elle défend et où elle trouve sa nourriture, et à son partenaire, car le couple, une fois formé, ne se quitte plus. Au pied des arbres où elle se perche, cherchez des pelotes de réjection, ces boulettes que la chouette recrache après avoir avalé ses proies entières, et qui renferment les os, les poils et les débris qu’elle n’a pas digérés. Celles de la hulotte sont grises et pelucheuses, longues de 4 à 5 cm pour environ 2 cm de diamètre, souvent déposées en petits tas. Des plumes striées de brun clair et de brun foncé ramassées au sol indiquent aussi son passage.

Il reste à l’appeler. Son chant s’imite en soufflant dans ses mains jointes, les pouces légèrement écartés, et l’essai du Cambridgeshire cité plus haut a montré que la méthode marche très bien. Quelques essais espacés suffisent, de préférence un soir calme.

Ce qu’elle chasse, et comment elle s’y prend dans le noir

Elle chasse surtout des rongeurs (campagnols, mulots, souris et, en ville, rats). Elle prend aussi des oiseaux, pigeons compris, des amphibiens, des chauves-souris et des insectes, et la part des oiseaux grandit dans les villes. Elle guette depuis un perchoir, fond sur sa proie et l’avale entière.

Pour la repérer, elle compte d’abord sur l’oreille. Ses deux ouvertures auditives sont placées de façon asymétrique, la gauche plus haute sur le crâne et inclinée vers le bas, ce qui la rend plus sensible aux bruits venus du sol. Un bruissement n’arrive pas au même instant à chaque oreille, et ce minuscule écart lui indique la direction. Cette ouïe, environ dix fois meilleure que la nôtre, permet de chasser au seul son dans un bois noir par nuit couverte, car les plumes du disque facial laissent passer les sons. La pluie, qui couvre les bruits, la gêne beaucoup, et une longue période humide peut la priver de proies jusqu’à l’épuisement.

Sa vue de nuit est plus ordinaire qu’on ne le dit. On lit souvent qu’elle voit dix à cent fois mieux que nous dans la pénombre, mais la base expérimentale de ce chiffre est probablement fausse d’au moins un facteur dix. Sa rétine est à peine plus sensible que celle d’un humain, et son acuité n’est que légèrement supérieure. Ses yeux, tournés vers l’avant, lui donnent surtout une vision en relief, car les deux champs de vision se chevauchent de 50 à 70 %, contre 30 à 50 % chez les rapaces diurnes. Son cou très souple lui permet de regarder derrière elle sans bouger le corps.

Nourrir la hulotte ? Ce qu’on peut lui offrir

Elle n’est pas charognarde et ne mange que ce qu’elle chasse. Rien ne sert donc de lui préparer quoi que ce soit, et la mangeoire à graines comme la graisse des mésanges ne l’intéressent pas. Ce que votre jardin peut lui offrir, c’est un endroit où chasser et se cacher, avec de vieux arbres, une haie et des herbes hautes qui abritent campagnols et mulots. Évitez aussi les raticides, car un rongeur empoisonné qui finit dans les serres d’une hulotte l’empoisonne à son tour.

Nid, nichoir et statut de protection

Elle niche généralement dans un trou de tronc d’arbre, qui protège les œufs et les jeunes des prédateurs. À défaut de cavité naturelle, un nichoir adapté peut la remplacer, à condition d’en respecter les mesures. Le calculateur de nichoir donne, pour chaque espèce, le diamètre du trou d’envol, les dimensions intérieures, la hauteur et l’orientation de pose. C’est un geste d’accueil utile surtout dans les jardins qui comptent déjà de grands arbres, mais pauvres en cavités.

La vie des jeunes est rude. Beaucoup meurent de faim lorsque la protection parentale prend fin sans qu’ils trouvent de territoire libre, et les renards roux causent une forte mortalité chez ceux qui viennent de quitter le nid. Comme tous les rapaces nocturnes de France, la hulotte est protégée : on ne peut ni la capturer ni la garder, et son nid l’est aussi.

La réputation d’oiseau de mauvais augure, que la hulotte traîne depuis longtemps, tient à ses mœurs nocturnes et à sa voix, que beaucoup trouvent lugubre. Elle n’a aucun rapport avec la vie réelle de l’oiseau, qui passe ses nuits à guetter des campagnols.

Questions fréquentes

Quelle est la période de reproduction de la chouette hulotte ?

La ponte a lieu en fin d’hiver ou au début du printemps, en général de mars à avril, avec deux à quatre œufs que la femelle couve environ un mois. Les jeunes quittent le nid vers cinq semaines, avant de bien savoir voler, et les parents les nourrissent encore pendant plusieurs semaines.

Peut-on garder ou recueillir une chouette hulotte trouvée au sol ?

Non, on ne peut pas la garder, puisque l’espèce est protégée. Un jeune couvert de duvet qui se tient au sol ou sur une basse branche est souvent en train de se faire élever par ses parents, et le mieux est de le laisser là où il est, sans lui donner à manger ni à boire. S’il est blessé ou menacé de façon immédiate, appelez un centre de soins de la faune sauvage.

Pourquoi la chouette hulotte hulule-t-elle la nuit ?

Dans le noir, la vue ne porte pas, alors que la voix traverse un bois sur une longue distance. Le chant annonce qu’un territoire est occupé et permet au couple de rester en contact. La façon dont un mâle répond à un chant diffusé semble aussi refléter sa santé, puisque les oiseaux porteurs de plus de parasites du sang utilisent moins de hautes fréquences et une gamme plus étroite.

Mise à jour le 24 octobre 2026.