Ce que l’œil remarque d’abord
Comparez-le d’abord à un moineau : il mesure environ 16 cm, à peu près la même longueur, et pèse entre 34 et 46 g, soit environ cinq pièces d’un euro. Pourtant, là où le moineau est rond et bien proportionné, le martin-pêcheur paraît tout en tête et en bec. Le bec, d’environ 4 cm, fait près du quart de sa longueur, la queue est courte et l’envergure ne dépasse guère 25 cm.
La couleur vient ensuite. Le dessus de la tête et les ailes sont d’un bleu foncé qui tire sur le vert, le dos est d’un bleu plus clair, azur, et le croupion (la base de la queue, côté dos) d’un bleu cobalt. Le dessous est roux orangé, avec une gorge blanche et une tache blanche sur le côté du cou. Une tache rousse à la base du bec et une joue rousse complètent la tête. Ce bleu naît des reflets de la lumière sur des structures minuscules des plumes, si bien qu’il s’allume ou s’éteint selon l’angle du soleil.
Posé, l’oiseau reste de longues minutes immobile dans la végétation, ce qui le rend moins facile à trouver qu’on ne le croirait avec de telles couleurs. Ses pattes, minuscules et rouges, aux doigts en partie soudés, ne lui permettent pas de marcher. On le voit donc perché ou en vol, jamais trottant dans l’herbe.
Un éclair bleu, puis un sifflement
Bien souvent, on ne voit de lui que son passage. Il vole droit, très vite, tout près de l’eau, sur des ailes courtes et arrondies qui vibrent rapidement. Vu de dos, il laisse un trait bleu électrique le long du dos. Comme il remonte son territoire en longeant les berges, il donne l’impression de tourner brusquement sur les petits cours d’eau.
Cri enregistré par Marie-Lan Taÿ Pamart, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons
Le cri aide autant que l’œil. Le martin-pêcheur n’a pas de chant proprement dit. En vol, il lance un sifflement bref et perçant, répété deux ou trois fois, que les guides anglais notent « chee ». On l’entend souvent avant de le voir, parce qu’il est déjà passé quand l’œil cherche la branche. Inquiet, il pousse un cri plus rauque.
Mâle, femelle, jeune : tout se joue sur le bec
Le mâle et la femelle portent le même plumage, et seul le bec les sépare, vu de profil. Chez le mâle, il est presque entièrement noir. Chez la femelle, la mandibule inférieure (chacune des deux parties du bec est une mandibule) est orange rosé, de la même teinte que les pattes, avec le bout noir.
Le jeune ressemble à l’adulte, avec un dos plus terne et plus vert, un dessous plus pâle et un bec noir. Ses pattes sont d’abord noires elles aussi. Un bec noir ne suffit donc pas pour conclure à un mâle : si les couleurs sont ternes et les pattes sombres, il s’agit d’un jeune oiseau.
À ne pas confondre
Aucun autre petit martin-pêcheur bleu ne vit en Europe, ce qui simplifie les choses. Les erreurs viennent d’oiseaux vus trop vite, dont le bleu ou l’orange attire l’œil.
| Oiseau | Taille approximative | Ce qui le sépare du martin-pêcheur |
|---|---|---|
| mésange bleue | 11 à 12 cm | calotte bleue, joues blanches, ventre jaune, bec court ; elle fréquente les arbres et les mangeoires |
| rouge-gorge familier | 13 à 14 cm | orange limité à la face et à la poitrine, dos brun olive, bec fin et court ; vit au sol et dans les buissons |
| geai des chênes | 32 à 35 cm | corps brun rosé, tache bleue rayée de noir sur l’aile |
| rollier d’Europe | environ 30 cm | tête et dessous bleu turquoise, dos brun cannelle ; se perche sur les fils et les branches mortes, surtout dans le sud |
| guêpier d’Europe | environ 28 cm | gorge jaune, dos brun roux, longue queue pointue ; chasse des insectes en vol, surtout dans le sud |
Le sifflement, la silhouette trapue et l’eau toute proche suffisent presque toujours à trancher. Un cousin d’Amérique du Nord, le martin-pêcheur d’Amérique, à huppe bleue et ventre blanc, n’apparaît en Europe que de façon exceptionnelle, porté par des tempêtes transatlantiques. En cas de doute, l’outil Quel est cet oiseau ? propose les espèces probables à partir de la taille, de la couleur dominante et de l’endroit où vous l’avez vu.
Où et quand l’apercevoir
Il aime les eaux claires et lentes, rivières, étangs, canaux ou lacs. Leurs berges (bords escarpés d’un cours d’eau, où l’oiseau creuse son terrier) doivent porter des buissons et des branches penchées au-dessus de l’eau peu profonde. Ces branches lui servent de perchoirs. Un tronçon de rivière aux rives nues, sans rien pour guetter, a peu de chances de l’accueillir.
Hors de la saison des nids, il est solitaire. Chaque oiseau tient son tronçon de rivière et n’y tolère aucun autre martin-pêcheur, ce qui se comprend puisqu’il doit manger chaque jour une part importante de son poids. Inutile donc d’attendre plusieurs oiseaux sur le même méandre. En hiver, il devient plus côtier : estuaires, ports et rivages rocheux le voient arriver, surtout quand les eaux douces gèlent.
Ce qu’il mange et comment il pêche
Le martin-pêcheur mange surtout de petits poissons de 4 à 7 cm. S’y ajoutent des insectes aquatiques comme les notonectes (des punaises d’eau qui nagent sur le dos), des crustacés comme les gammares (de petites crevettes d’eau douce), et des batraciens, grenouilles ou têtards. Il repère ses proies depuis un perchoir, et ses yeux sont adaptés à la vision sous l’eau.
Proie repérée, il percute la surface, saisit le poisson et ressort aussitôt, car l’air emprisonné sous son plumage le repousse vers le haut. Quand le perchoir est assez haut, il pique en flèche. S’il est trop près de l’eau, l’oiseau doit d’abord s’élever d’un coup d’aile, se retourner, puis piquer. Il pratique aussi le vol stationnaire (le vol sur place au-dessus de l’eau, avant de piquer), à la façon d’un faucon crécerelle.
De retour sur sa branche, il bat le poisson contre le bois par mouvements de tête alternés pour l’assommer. Puis il l’avale tête la première, dans le sens des écailles, donc sans qu’elles accrochent au passage. Si la proie est mal orientée, il la lance en l’air et la rattrape dans le bon sens. Après digestion, il rejette une pelote de réjection (une boulette d’arêtes que l’oiseau expulse par le bec), précédée de ce qui ressemble à des bâillements.
Un terrier dans la berge
Le mâle creuse le terrier dans une pente de terre meuble, souvent une berge. Selon le site de la Descente de l’Odet, en Bretagne, ce tunnel mesure environ 1 m et s’élargit au fond pour loger le nid, après une à deux semaines de travail. Le couple se séduit ensuite par une parade bruyante, faite de poursuites et d’offrandes de poissons dans les deux sens. Les œufs, blancs et luisants, sont de 5 à 7, et le couple peut en pondre deux à trois fois par an.
Les deux parents couvent à tour de rôle, puis soignent les jeunes pendant environ quatre semaines (de 23 à 27 jours au nid, d’après protectiondesoiseaux.be). Un adulte qui rapporte un poisson le retourne pour le présenter tête en avant. Il entre dans le couloir et sert le petit qui attend son tour, dans un mouvement de « noria » (comme les godets d’une roue à eau) bien réglé au fond de la cavité. En grandissant, les jeunes désorganisent la noria et se disputent davantage. Ils sont chassés du territoire quelques jours après l’envol, et les parents peuvent préparer une nouvelle couvée.
Ce logement se creuse dans la terre, et le martin-pêcheur ne s’installe pas dans un nichoir de jardin.
Une eau claire, des berges et des perchoirs
Le martin-pêcheur est souvent présenté comme un bioindicateur : une espèce dont la présence renseigne sur la qualité d’un milieu, ici de l’eau. Les plus fortes densités de nicheurs se trouvent là où l’eau est claire, ce qui lui permet de bien voir ses proies, et où des arbres ou des buissons bordent les rives. Sa présence est donc un indice favorable, qui ne suffit pas à lui seul à juger de l’état d’une rivière.
Les hivers très rigoureux lui coûtent jusqu’à 90 % d’une population locale, rapporte protectiondesoiseaux.be, et la pollution croissante des eaux douces aggrave la situation. La rectification des cours d’eau et la cimentation des berges font disparaître les talus où il niche. Remplacer les berges naturelles par des parois artificielles réduit aussi les populations de poissons, d’amphibiens et de reptiles aquatiques, et les oiseaux d’eau s’en vont avec eux. Malgré un taux de reproduction très élevé, protectiondesoiseaux.be note qu’en Belgique l’espèce n’a pas retrouvé ses effectifs d’autrefois, et la situation varie selon les régions et les hivers.
En France, le martin-pêcheur est une espèce protégée : sa capture, sa détention et la destruction de son nid sont interdites. Un oiseau trouvé blessé ne se garde donc pas, et la seule conduite à tenir est d’appeler un centre de soins. Pour accueillir un martin-pêcheur sur une berge qui vous appartient, le premier geste consiste à laisser des branches pencher au-dessus de l’eau et à ne pas bétonner le bord, puisque ses perchoirs et son terrier en dépendent.
D’où vient son nom
Le nom viendrait du prénom Martin, l’oiseau étant aussi appelé « oiseau de Saint Martin », et du latin piscator, celui qui s’adonne à la pêche. Quant au nom scientifique, Linné l’a décrit en 1758 sous le nom de Gracula atthis. Le nom actuel, Alcedo atthis, reprend Atthis, le prénom d’une jeune femme de Lesbos, favorite de la poétesse Sappho.
Sources
Questions fréquentes
Le martin-pêcheur vient-il à la mangeoire ?
Non. Il se nourrit de petits poissons et d’animaux aquatiques qu’il capture lui-même, et les graines ou la graisse ne l’intéressent pas. Seule une eau claire et poissonneuse, avec des perchoirs au-dessus, peut l’attirer près de chez vous.
Peut-on le voir en ville ?
Oui, il supporte un certain degré d’urbanisation tant que l’eau reste propre. Un canal, une rivière qui traverse la ville ou l’étang d’un parc, avec des berges végétalisées, peuvent donc lui convenir.
Migre-t-il en hiver ?
Il reste sur place dans les régions où le climat est doux toute l’année, et migre depuis celles où les rivières gèlent longtemps. Il voyage surtout de nuit, et certains oiseaux de Sibérie parcourent de très longues distances entre leurs sites de nid et leurs quartiers d’hiver. Les martins-pêcheurs du nord de l’Europe viennent passer l’hiver en France ou plus au sud.
